Vous avez sûrement vu passer ce reportage de Radio-Canada et Beside qui essentiellement montre Instagram et le selfie comme étant LA cause des problèmes du tourisme en nature.

Comme la majorité des intervenants semblent le porter aux nues dans les médias et que c’est peut-être votre cas, je me suis dit qu’il fallait que j’y réagisse!

Oui, je sais, la technophobie et trouver que tout est la faute d’Instagram, c’est ben populaire et ça fait du clic.

Sauf que, le raisonnement de ce reportage, semble être totalement biaisé par un malaise vis à vis des technologies. On fait porter la responsabilité d’un problème social à des outils techno. C’est comme si on lisait que l’avènement du capitalisme était causé par la voiture.

Je vous explique mon point:

Tout d’abord, sachez que je fais des contrats comme guide «touristico-éducatif» à New York avec des écoles secondaires depuis 1996. À cette époque la foule en liste devant le fameux taureau du financial district, simplement pour pouvoir dire qu’on a touché à ses couilles, ou se prendre en photo à côté, n’a rien à envier à celle de 2019!
Même quantité, même phénomène, le selfie en plus. (Mais ça au pire, ça permet simplement d’aller plus vite que de demander à quelqu’un de tenir notre appareil et blablabla.)

  • 1 087 milliards de touristes ont voyagé dans le monde en 2013, 1, 2 milliards en 2015 et 1,4 milliard en 2018.
  • Ce chiffre était seulement de 25 millions en 1950 et il est passé à 800 millions en 2005.

Ma mère a pris l’avion pour la première fois à 40 ans. Désormais, on se sent écologiquement responsable de se limiter à un voyage par avion aux 2 ans.
Les problèmes mentionnés dans ce reportage sont davantage causés par le phénomène de l’augmentation du tourisme et de lieux cultes!

Est-ce qu’Instagram joue un rôle dans le fait qu’autant d’humains aient cette possibilité de voyager? Permettez-moi d’en douter. À mon avis, Instagram permet d’en témoigner instantanément tout au plus!

J’ajoute que les infrastructures sont souvent inadéquates pour les nouveaux lieux cultes et populaires ( poubelles, toilettes et employés dans le cas des parcs nationaux.) Le fameux gardien de Joffre Lakes, il est en charge de combien d’Hectares et pour combien de visiteurs?
Le Mont-Blanc ou le Grand Canyon méritent peut-être davantage de protection contre les effets de ce tourisme. Parce qu’Instagram ou pas, y’a juste trop de gens qui veulent eux aussi avoir accès au « rêve »!

Oui, l’influences pour générer des lieux cultes du voyage ne sont plus réservés aux médias plus traditionnels comme la télévision ou le cinéma. La tarte de l’influence est désormais partagée par les médias sociaux et les contenus de cultures numériques telles les séries Netflix. La quantité de lieux visités a aussi augmentée avec la monté du phénomène (logique!). 

Mais faire porter la responsabilité de ce saccage à l’existence d’Instagram ou au phénomène du selfie est absurde. ==> Il s’agit simplement de nouveaux outils de récit qui remplace les plus anciens tel que l’appareil photo, ou le fameux carrousel de diapositive des années 80. 

La  vraie différence ce n’est pas l’existence du hashtag, mais que tout est davantage accessible. Les téléphones intelligents sont populaires aujourd’hui, contrairement aux bons appareils photo en 1980. Mais aussi, l’attrait du tourisme s’est développé au sein de notre société individualiste de consommation et les possibilités de voyager ont augmenté pour une grande quantité de personnes. Nous sommes donc maintenant plus nombreux et mieux équipés pour le communiquer.

Le tourisme n’est donc plus réservé à une élite privilégiée!

 Cette popularisation du phénomène s’accompagne inévitablement d’une popularisation de la culture touristique, ce qui n’est pas toujours appréciable au regard d’une partie de l’élite bien-pensante qui tient le micro des médias traditionnels. » Et plusieurs parmi eux en font même leurs choux gras, se confortant dans leur technophobie du même coup et faisant l’économie d’une véritable analyse des causes et conséquence d’un tel phénomène. 

Donc, avis aux médias, aux journalistes ou créateurs de contenus, je vous suggère de cesser d’engraisser ce mythe qui fait miroiter que les outils soient responsables des saccages qui a priori sont une conséquence d’un système économique ou d’une culture plus populaire du tourisme.

Mais bon peut-être allez-vous me répondre que cette bourde, c’est la faute de votre clavier?

Collaboration spéciale: Isabelle Hudon

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